Appui au développement de l'élevage laitier autour de la ville de Kayes au Mali

Le projet d’élevage laitier était mené sous l’égide du Centre de Développement et de Recherche (CIDR). Il faisait suite à une première action de cette ONG qui avait suivi la réinstallation de six jeunes travailleurs migrants désireux de rentrer au Mali.

Le projet avait appuyé leur reconversion en tant qu’éleveurs sur des terres le long du fleuve Sénégal, en aval de la ville de Kayes au Mali. Ces jeunes qui n’avaient pas d’expérience agricole ont bénéficié d’un appui en France pour la préparation de leur projet et notamment d’une formation auprès d’agriculteurs français ainsi que d’un encadrement et d’un appui financier à leur arrivée au Mali. Chacun de ces élevages comptait 15 à 20 vaches laitières.  Le CIDR organisait l'appui  vétérinaire et la vente du lait sur la ville de Kayes.

Pour appuyer le développement de la production laitière, le projet a mis en place les outils nécessaires pour garantir un débouché fiable pour la totalité de la production de ces éleveurs, mobiliser les autres villageois autour de l’intensification de leurs élevages traditionnels et d’assurer la fourniture des produits et services indispensables à ce développement. Le travail s’est axé autour de quatre activités :

  • La mise en place de circuits de collecte du lait ;

  • L’organisation de la vente du lait à Kayes ;

  • L'animation coopérative afin que les éleveurs prennent en charge la collecte du lait et leur approvisionnement en intrants ;

  • L'appui technique aux éleveurs.

Ces actions ont abouti à la mise en place en 1985 d’une mini laiterie à Kayes alimentée par six circuits de collecte, la création d’une coopérative d’éleveurs sur l’arrondissement de Samé et la négociation d’un programme d’encadrement avec les services du Ministère de l’Agriculture.

Appui au développement de la production laitière : intensification des élevages :

Les villageois sédentaires pratiquaient un élevage extensif caractérisé par une très faible production laitière avec moins de 1 litre de lait par jour en moyenne. Le taux de femelles mettant bas dans l’année était faible. Le pic de lactation était peu élevé et très court alors que les femelles allaitent leurs veaux sur des périodes dépassant largement l’année.

Pour développer la production laitière, l'appui du projet a porté sur  :

  • La formation des éleveurs ;

  • La mise en place d’un contrôle laitier bihebdomadaire ;

  • L'amélioration de la ration alimentaire des animaux pendant la saison sèche :  vulgarisation de la récolte de fourrages (fanes d’arachides, niébé et paille de brousse) et l’utilisation d’un complément azoté sous la forme de tourteau d’arachide, de coton et de graines de coton ;

  • L'amélioration de l’état sanitaire du troupeau : organisation de campagnes de vaccination contre la peste bovine, la péripneumonie, le charbon et la pasteurellose), lutte contre la trypanosomiase et  déparasitage régulier des animaux.

Appui au développement de la production laitière : organisation d'une collecte quotidienne du lait.

La collecte de lait concernait les troupeaux de zébus toronkés et maures et de taurins N’Dama appartenant à des paysans sédentaires installés dans un rayon de 25 km sur 3 axes autour de la ville de Kayes : le long du Sénégal en amont et en aval de la ville et le long de la rivière Kollinbiné.

Le lait était ramassé tous les matins par des collecteurs circulant à bicyclette. Seul le lait de la traite du matin était collecté. Il arrivait à la laiterie à Kayes entre 8 h30 et 11 heures dans des bidons plastiques qui étaient lavés et désinfectés à la javel tous les jours.

Le vélo peut apparaitre lent mais il s’est avéré être un moyen de collecte bien adapté aux conditions locales : production très dispersées et volumes faibles, pistes en très mauvais état. Avec des collecteurs sélectionnés pour leur motivation et leur sérieux, les circuits de collecte ont fonctionné de manière très fiable.

Jusqu'à 13 500 litres de lait ont ainsi été collectés en une année

Appui au développement de la production laitière : Mise en place d'une mini-laiterie

Au démarrage du projet, la laiterie n’était en fait qu’une pièce dans un local de banco et n’était équipé que de moyens rudimentaires : congélateur et réfrigérateurs, écrémeuse manuelle et un petit groupe électrogène de 1.7 kVa pour pallier aux coupures de courant chroniques.

A son arrivée à Kayes, le lait était filtré à travers un tissu de coton après un contrôle qualité simple : aspect physique, goût et test de comportement à l’ébullition. Le lait frais était conservé au frais et vendu le soir sur le «petit marché» et par l’intermédiaire de vendeurs ambulants équipés de pousse-pousse. Il était conditionné en sachet plastique de 1/2 litres.

 

Les laits trop acides étaient mis à cailler dans des bassines en plastiques et vendu de lendemain matin conditionné en poches plastique de 0.25 litre, frais et sucré.

En 1985, une mini laiterie a été installée avec l’appui de Mali-Lait, de l’association des anciens élèves des ENIL de France et d'un prêt de la BNDA. Située dans un magasin en dur plus vaste et mieux adapté, cette mini-laiterie disposait, d’une cuve de réception en inox de 400 litres, d’un pasteurisateur à ultraviolet Actini équipé d’un compresseur frigorifique, d’une cuve réfrigérée de 650 litres, d’une écrémeuse électrique, d’une ensacheuse à bande semi-automatique permettant un conditionnement 100 sachets de ½ litre par heure et d’un congélateur pour conserver les sachets de lait frais pasteurisé jusqu’à la vente.

Une production de yaourt a été lancée sous la marque Sigi Lait.

Appui au développement de la production laitière : Recherche & Développement

Au Nord de Kayes résidaient des éleveurs peuhls et sarakolés qui produisaient d’importants volumes de lait en saison des pluies. Faute de débouchés, une partie significative de ce lait n’était pas commercialisée. La distance était trop longue pour une collecte en vélo et l’état des pistes, surtout pendant les pluies, rendait une collecte en véhicule aléatoire. Le projet a réalisé des essais de fabrication de fromage de type féta avec des moyens artisanaux disponibles dans les campements des éleveurs peulhs. La féta était stockée et transportée à Kayes dans de la saumure. Des essais de transformation de la féta après dessalage en fromage fondu conditionné en petits pots plastiques ont aussi été menés.

Enfin, compte tenu des difficultés pour obtenir des tourteaux d’arachide ou de coton ou des graines de coton en quantités suffisantes, des essais de production d’un aliment du bétail à partir du contenu des rumens récupérés sur l’abattoir de Kayes ont été menés en collaboration avec un expert de la FAO.

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