Appuyer la relance de la filière coton de Guinée Bissau

Notre intervention s’est déroulée sur cinq années de 1995 à 1999 dans le cadre d’un contrat avec la Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles (CFDT). Celle-ci avait été chargée par le gouvernement de Guinée Bissau de relancer la production de coton dans l'est du pays. Cette relance prenait la suite d’actions menées dans le cadre d’un projet de développement rural.

En 1995, il y a eu une scission entre les activités d’appui aux cultures vivrières et au développement rural menées par une assistance technique portugaise et les activités liées à la production du coton qui ont été regroupées au sein d’une entité distincte : l’Unidade de Gestaõ Alogodoeira (UGA) dont la gestion a été confiée à la CFDT avec un financement de l’AFD et de l’Union Européenne.

Nous avons assuré la direction opérationnelle de l’UGA et notre mission couvrait :

  • L’appui technique aux producteurs de coton ;

  • L’organisation de la collecte et de l’achat du coton graine ;

  • La gestion de l’unité d’égrenage du coton implantée à Bafatá ;

  • L’exécution des contrats de ventes de la fibre et des graines de coton ;

  • La gestion administrative et financière de l’UGA ;

  • La gestion des relations avec les autorités administratives et le gouvernement de Guinée Bissau ;

  • Le reporting et les relations avec les bailleurs de fonds.

Appui aux producteurs de coton

Une équipe de techniciens agricoles a été recrutée, équipée et formée. Leurs tâches consistaient à :

  • Animer des réunions de début de campagne pour faire le bilan de la campagne précédente et expliquer les modalités de la campagne à venir ;

  • Recenser, à l’issue de ces réunions, les intentions de culture coton ;

  • Piqueter les parcelles ;

  • Coordonner l’entretien des appareils de traitement ainsi que la mise en place des intrants dans les villages et leur distribution aux producteurs ;

  • Gérer l’octroi de crédit matériel de culture attelée ;

  • Former les producteurs aux Bonnes Pratiques Agricoles, faire des démonstrations, suivre les opérations culturales et l’évolution de la pression parasitaire ;

  • Réaliser les comptages de capsule et les estimations de récolte ;

  • Superviser les achats de coton et appuyer la collecte du coton graine vers l’usine d’égrenage.

Renforcement des organisations de producteurs et achat du coton graine :

Pour pérenniser l’avenir de la production de coton en Guinée Bissau, nous avons cherché à impliquer les producteurs dans la gestion opérationnelle de la filière.

L’UGA a appuyé la mise en place de groupements des producteurs auxquels a été transférée la responsabilité des achats du coton graine. Les responsables de ces groupements ont été formés à la tenue des marchés autogérés : organisation physique des marchés, rôles des différents acteurs (peseur, ticketeur, contrôleur qualité), manipulation des balances et bascules, tenue des documents, gestion de la ristourne, ….

Le coton graine était acheté individuellement suivant trois qualité (1° choix, 2° choix et rejet). La détermination de la qualité du coton était faite, planteur par planteur, sur les marchés. Les camions étaient chargés en mélangeant le coton des différents producteurs d’un même groupement mais en isolant les différentes qualités. Lors de la pesée à l’usine, un contrôle de la qualité du chargement était réalisé par un agent de l’UGA en présence d’un représentant des producteurs.

Le poids payé au groupement était celui du pont bascule de l’usine. Pour éviter que le total des pesées individuelles sur les marchés soit supérieur au poids usine, les groupements appliquaient une sur-tare de 1Kg par bâche. Un excédent poids était donc dégagé à chaque camion et payé par l’UGA au groupement. Ce montant venait s’ajouter à la ristourne versée par l’UGA à chaque groupement pour rémunérer la tenue des marchés autogérés de coton.

La formation et le coaching des responsables de groupement portait aussi sur la transparence de la gestion de ces ressources et leur utilisation.

Egrenage du coton graine :

L’achat, l’enlèvement et le paiement rapide du coton graine aux producteurs sont des facteurs essentiels de la pérennisation de la production de coton. Pour ce faire la filière coton de Guinée Bissau  disposait d’une flotte de cinq camions qui lui permettait d’assurer environ 30% de la collecte du coton graine. L’UGA faisait appel aux transporteurs de Bafatá et Gabu pour évacuer le reste du coton vers l’usine avant l’arrivée des premières pluies. Ces mêmes véhicules mettaient en place dans les villages les semences et les intrants nécessaires pour la campagne suivante en allant chercher le coton dans les villages.

Dernier maillon de la chaine de valeur de la filière coton en Guinée Bissau l’UGA disposait d’une usine d’égrenage classique équipée d'une égreneuse à 158 scies et d’une presse à haute densité permettant l’égrenage et le conditionnement du coton graine aux standards internationaux. Un groupe électrogène de 350 kVa alimentait l’usine. Des silos à coton graine, un garage et des magasins pour la fibre, les graines et les intrants complétaient ces installations. Une petite équipe de d’employés permanents assurait la maintenance entre deux saisons d’égrenage et encadrait les nombreux manœuvres saisonniers travaillaient en deux équipes de 12 heures pendant la saison d’égrenage. La capacité d'égrener la totalité du coton avant l'arrivée des pluies est une condition indispensable à la pérennité de la production de coton en Guinée Bissau.

Pour parachever l'indépendance de la filière coton de Guinée Bissau et accélérer les procédures d'exportation de la fibre  nous avons installé une salle de classement et organisé la formation d’un classeur afin de classer les balles de fibres sur Bafatá. Ce classement, confirmé par le service de classement de la SODEFITEX à Dakar, servait de base à l’exécution des contrats de ventes de fibres.

Fibre et graines étaient commercialisées par le biais de la CFDT. Les balles de fibres étaient exportées via le port de Bissau en conteneurs chargés à Bafatá. Les graines étaient exportées via des vraquiers chargés à Bissau.

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