Gestion de la production de tabac à Madagascar

Nous sommes intervenus pendant 5 ans à Madagascar pour le compte du Groupe Impérial Tobacco. Nous avons assurer la direction opérationnelle de la SOCTAM et de la SITAM. Ces deux filiales du groupe, de droit malgache, étaient en charge de la culture pour la première, et de la transformation pour la seconde, du tabac destiné à l'approvisionnement de la manufacture de cigarettes, le SACIMEM, située à Antsirabé.

La  production de tabac à Madagascar est contrôlée par L'Office Malgache des Tabacs (OFMATA) qui délivre annuellement des autorisations de culture, contrôle les flux de tabac et régule le fonctionnement de la filière tabac.  La SOCTAM produisait, directement sur ses fermes ou en collaboration avec un réseau de planteurs indépendant, la majeure partie des tabacs Flue Cured Virginie et du tabac Burley cultivés à Madagascar. L'OFMATA  encadrait la production de tabac bruns réalisée par des petits planteurs.

Le tabac malgache est cultivé, pendant la saison sèche, sur les plaines inondables au centre Ouest de l'Ile. Ces cultures souffrent donc le la sécheresse et de la chaleur, même avec irrigation, ce qui impacte les rendements des parcelles et la qualité du tabac récolté. La culture du tabac était cependant protégé par des mesures fiscales qui pénalisaient l'importation de cigarettes et l'incorporation de tabac importé dans les cigarettes produites à Madagascar.

La gestion de la production de tabacs malgaches  par la SOCTAM

La SOCTAM produisait le tabac nécessaire à l'approvisionnement de la manufacture de cigarette d'Antsirabé. Elle produisait du tabac blond Flue Cured Virginie, du tabac burley et un peu de tabac PX Claro (une variété qui s'apparente à du tabac brun). Ce tabac était cultivé sur des fermes gérées directement par la SOCTAM et par un réseau de petits producteurs. Quelques planteurs  cultivant des fermes de plusieurs dizaines d'hectares complétaient cette production.

La production de tabac sur les fermes de la SOCTAM :

La SOCTAM exploitait directement 11 fermes de 80 à 200 ha situées au Centre-Ouest de l’ile (Manpikony et Bévilany) et au Sud-Ouest (Minadrivazo) sur lesquelles elle produisait du tabac Burley, du Flue Cured Virginie et un peu de tabac brun (variété PX Claro).

Ces fermes étaient d'anciennes exploitations créées à l'époque de la colonisation française pour approvisionner les manufactures françaises de cigarettes en tabac brun. Elles sont implantées sur les plaines de débordement des cours d'eau (les baibohos) et sont inondées pendant la saison des pluies.  Ces inondations apportent la fertilité des sols grâce aux dépôts alluvionnaires. Mais elle sont aussi à l'origine de phénomènes d'érosion qui peuvent emporter  les parcelles situées sur les berges des cours d'eau et d'ensablement rendant impropres à la culture de larges étendues.

Le tabac, mais aussi toutes les autres cultures pratiquées sur ces plaines, est donc cultivées en contre saison. Les semis et les jeunes plants sont élevés en pépinières pendant la fin de la saison des pluies. ils sont repiqués en plein champs au fur et à mesure du retrait des eaux et les plantes se développent donc en saison sèche en puisant l'eau dans les sols. L'harmattan va contribuer à amplifier les conditions de chaleur et de sécheresse dans lesquelles le tabac doit se développer. Cela se traduit par des feuilles épaisses et arrivant difficilement à maturité.

Cette production de tabac en contre saison sur les sols de baibohos nécessitait le respect strict d’un calendrier précis pour les semis en pépinières et la transplantation afin que le développement des plants suive le retrait des eaux. Cela impliquait la mécanisation des opérations culturales, notamment la préparation des sols, l'épandage de la fumure de fond et les premiers sarclages.

 

Le recours à l’irrigation était indispensable pour assurer le développement des plants jusqu’à la maturité des feuilles malgré la sécheresse et la chaleur du climat.

Les fermes disposaient donc d'un important parc de matériel : tracteurs, motopompes et outils ainsi que des installations pour le séchage et le conditionnement des feuilles : séchoirs pour le burley et le tabac brun, fours à bois pour le Flue Cured Virginie, salles de fermentation, magasins de triage, presses manuelles et magasins de stockage.

Elles employaient une main d’œuvre importante notamment pour les soins en pépinières, les derniers sarclages, l’ébourgeonnage et l’écimage des plans, la récolte des feuilles et le triage après curing.

Le recours au bois pour le séchage du tabac Virginie, a motivé la plantation de plusieurs centaines d’hectares d’eucalyptus pour éviter de prélever le bois dans les forêts naturelles. Des travaux étaient aussi entrepris régulièrement pour améliorer les performances des foyers des fours à Virginie afin de réduire la consommation de bois de feu par tonne de tabac.

Dans ce cadre notre intervention a porté sur :

  • La définition et la mise en œuvre des plans de cultures annuels en fonction des besoins de la manufacture de cigarettes ;

  • la définition et le suivi des plans d’investissements et des budgets annuels ;

  • La définition et le suivi des indicateurs de performances. Le suivi et le respect des budgets et des couts de production ;

  • L’organisation et la supervision du travail et la formation des équipes. L'utilisation et l'entretien du matériel ;

  • L’approvisionnement des fermes en intrants et consommables ;

  • L’organisation et la supervision du travail, la formation des équipes et plus généralement la gestion des Ressources humaines ;

  • L’introduction de nouvelles pratiques agricoles, notamment en matière d'irrigation ;

  • L'amélioration de la qualité des tabacs produits et l'homogénéité des  grades lors du triage des feuilles de tabac ;

  • La mise en place de la logistique pour l’évacuation des balles de tabacs vers l’unité de battage à Mahajanga ;

  • La définition et la mise en œuvre des plans d’actions en matière de responsabilité sociale et environnementale.

Le développement de la production de tabac malgache en paysannat :

La SOCTAM a développé la production de tabac Flue Cured Virginie et surtout Burley en paysannat à travers un réseau de "planteurs Semi Industriels" (PSI) liés à la SOCTAM. Ces producteurs cultivaient le tabac sur leurs propres parcelles ou sur des parcelles mises à la disposition par la SOCTAM au sein des fermes quelle exploitait. Ces parcelles ne bénéficiaient pas d'une irrigation, à l'exception d'un apport d'eau manuel à l'arrosoir après la plantation. Elles étaient donc très dépendante des conditions climatiques et la rapidité de la préparation des sols et de la transplantation conditionnait la réussite de la culture.

 

Nous avons organisé l’appui à ces producteurs.

 

  • Une équipe de techniciens recensaient en début de campagne les paysans intéressés et leurs intentions de culture. Des contrats de cultures étaient signés entre la SOCTAM et chacun des producteurs. Ces contrats garantissait aux producteurs, l’achat de la totalité de leur production à des prix connus en début de campagne en échange d’un engagement du producteur respecter les itinéraires techniques recommandés et à livrer la totalité de leurs production à la SOCTAM ;

  • La SOCTAM organisait ensuite l’approvisionnement de ces producteurs en semences certifiées, en engrais, pesticides et petit matériel (bâches pour les pépinières et les séchoirs, mini-pots pour les pépinières, arrosoirs, ….) ;

  • Tout au long de la campagne, des formations étaient organisées par groupes de contact sur des thèmes techniques et les techniciens suivaient la réalisation des opérations culturales.

 

  • En fonction de l’évolution des parcelles, des avances en espèces étaient octroyées pour permettre le recrutement des manœuvres pour la récolte et les opérations post récoltes.

La préparation des tabacs par la SITAM : Deuxième étape de la filière de production des tabacs malgaches

La SITAM est une autre filiale du groupe Imperial Tobacco à Madagascar. Sœur de la SOCTAM elle est basée à Mahajanga où est iinstallée l'unité de battage du tabac qu'elle opère.

 

En accord avec l'OFMATA, la SITAM achète les tabacs produit par la SOCTAM dans ses fermes ou collectés par elle auprès des producteurs.  Elle les stocke dans ses magasins et les prépare en vue de leur utilisation dans les manufactures de cigarettes. Cette préparation consiste en  :

  • un classement des tabacs par qualité des tabacs collectés ;

  • une séparation des côtes et des strips (le parenchyme des feuilles) ;

  • un séchage des côtes et des strips pour permettre leur stockage sur une  longue durée ;

  • le conditionnement en cartons C48.

Agréage et réagréage des tabacs :

​Les feuilles de tabacs étaient expédiés par la SOCTAM manoquées et conditionnées en balles enveloppées de toile de jute. A l'arrivée à la SITAM à Mahajanga, les balles sont stockées par ferme ou producteurs.

Comme tout produit agricole, le tabac est une matière première dont la qualité est très variable ; d'un terroir à l'autre, d'une année à une autre, d'un producteur à un autre et même d'un étage foliaire à un autre. Pour refléter cette diversité et valoriser au mieux le travail des producteurs, les feuilles de tabacs sont achetées selon une grille qui compte de nombreux grades d'achat. La classification de chacune des balles est faite lors par un agent de l'OFMATA lors de l'agréage qui se déroulait concomitamment à l'achat proprement dit.

Ces grades d'achat sont trop nombreux pour une utilisation industrielle. Il faut donc en réduire le nombre pour faciliter la mise en œuvre des tabacs dans les manufactures de cigarettes  et obtenir, au final, un produit qui offre des sensations stables aux consommateurs.  Plusieurs grades d'achats aux caractéristiques proches sont assemblés en grades industriels. C'est l'opération de réagréage qui était réalisée, balle à balle, en interne par la SITAM. 

 

A l'issue de ces opérations les balles de tabac sont stockées par grade jusqu'à leur préparation

L'assemblage des tabacs :

Toujours dans l'optique de réduire la variabilité des tabacs et faciliter leur mise en œuvre dans les manufactures, les grades industriels sont assemblés pour constituer des préblends.  Cet assemblage était réalisé par le responsable des Blends en fonction, des caractéristiques des cigarettes de la SACIMEM (ou des demandes des clients dans le cas de vente à l'export), des stocks disponibles par grade et des caractéristiques organoleptiques (taux de nicotine, teneur en sucre, ...) de chacun des grades.

Cet assemblage déterminait le nombre de balles de chaque grade par tranche et le rythme d'introduction des manoques sur la ligne de battage.

L'assemblage est la première des opérations de préparation des tabacs.

Le battage des tabacs :

La préparation des tabacs consiste, de manière schématique en la séparation des côtes et des parenchymes (les strips) des feuilles qui sont mis en œuvre séparément dans les manufactures de cigarettes.

Le process de préparation à la SITAM était le suivant :

  • Introduction manuelle, manoque à manoque ;

  • Démanoquage et humidification pour permettre la manipulation des feuilles sans les briser ;

  • Picking manuel pour retirer les feuilles moisies, les tabacs Off Grades et les corps étrangers ;

  • Battage :  la SITAM disposait d'une ligne de battage à 4 étages équipés de batteuses horizontales. c'est à ce stade qu'a lieu la séparation des côtes et des strips. L'objectif est d'obtenir les strips les plus gros possible et le taux de strips le plus élevé possible.

  • Redrying  (séchage) des strips  et des côtes séparément. Cette opération permet de stocker les tabacs sur une longue durée en limitant les phénomènes d'oxydation.

  • Conditionnement en cartons de 220 kg. La SITAM disposait de presses hydraulique permettant le conditionnement en cartons C48 répondant aux standards internationaux.

Dans le cadre de notre intervention, nous avons supervisé le montage des machines de la nouvelle chaine de battage en remplacement de la vielle unité de redrying en manoques, rédigé les procédures opérationnelles, organisé et formé les équipes.

 

Nous avons assuré la direction opérationnelle de cette unité industrielle pendant 5 années :

 

  • Définition et exécution, des plans d’investissement et des budgets de fonctionnement ;

  • Établissement et supervision des plannings d’activité et organisation des opérations de maintenance ;

  • Gestion des expéditions des produits finis ;

  • Gestion administrative et financière de la société;

  • Gestion des Ressources Humaines ;

  • Obtention de la certification ISO 14001.

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